Le monde est bleu comme la guitare orange de Gérard Philipe

Samedi 16 Mars 2019, espace Gérard Philipe,au deuxième jour de la 23ème édition de Guitares du Monde, vers 20h30. La salle est comble, des instruments exotiques (sitar et ghatam indiens, cajón espagnol…) attendent leurs musiciens sur scène. Une femme accueille le public, en toute simplicité, nous remercie d’être venus, salue les élus de St André, et dit également un mot de chaleureux remerciement à ses équipes. Même pas d’éteindre nos portables. Puis s’efface et laisse place à la musique. Rencontre avec Élodie Songy, nouvelle directrice du lieu.

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Le Troisième Œil : Bonjour Élodie. Commençons classiquement : d’où nous venez-vous ?

Elodie Songy : Je suis originaire d’un village proche de Vitry-le-François (où d’ailleurs je récupérais régulièrement le Troisième Œil à l’Orange Bleue !), et ma première carrière m’a conduite au Manège de Reims, puis non loin, à Bazancourt. J’y ai contribué à créer la Filature, salle de concert et centre socio-culturel de belle taille dont j’ai assuré la direction pendant ses 8 premières années. Je suis arrivée à l’espace Gérard Philipe avec la nouvelle programmation, en septembre dernier.

L.T.O. : Vous prenez donc la suite d’Olivier Bédel qui a géré la salle pendant 14 ans. Comment s’est faite la transition, et qu’est-ce qui vous a donc attirée au Sud ?

E.S. : La météo, bien sûr ! Plus sérieusement, après 8 ans de création et de développement de la Filature, j’ai eu le sentiment d’avoir relevé le défi et d’être allée au bout de ce super projet. J’arrive dans le cocon tissé par Olivier Bédel, que je connais très bien et avec qui nous échangions déjà beaucoup avant que je ne sois pré-sentie pour lui succéder. Je reprends sa programmation mais m’y sens comme chez moi, puisque nous puisions dans le même vivier d’artistes et nous nous sommes souvent rencontrés sur d’autres événements culturels.

L.T.O : Guitares du Monde est sur les rails toute cette semaine, avec les groupes dénichés par Olivier Bédel. Quelles sont vos envies pour les prochaines éditions ?

E.S. : Honnêtement, le 24ème festival ne devrait pas trop sortir de la ligne tracée par les éditions précédentes. Je souhaite vraiment conserver cette diversité, avec les styles incontournables que sont le Flamenco, le Manouche, et évidemment le Classique. J’ai très envie d’introduire un style où la guitare est également reine, j’ai nommé le Rock ! Il n’est pas impossible que l’on entende de la guitare électrique à l’avenir…

L.T.O. : Depuis longtemps, l’espace Gérard Philipe est dirigé par un-e salarié-e de la Fédération des MJC mis-e à disposition de la mairie de St André. Quelles sont les conséquences selon vous sur la politique du lieu ?

E.S. : Vaste question, à laquelle il est compliqué de répondre intégralement ! Je partage et revendique comme la FMJC une volonté d’ouvrir le plus possible les portes des lieux culturels à des publics qui ne s’y sentiraient pas légitimes. C’est au théâtre qu’est la vie, c’est là qu’on en crée, et il n’est pas normal que tout le monde ne puisse pas y aller. Ces valeurs d’éducation populaire sont portées par la FMJC et elles me tiennent énormément à cœur. Nous allons chercher les personnes une à une, en lien avec les associations de quartier ou les centres de loisirs notamment. Pour chaque spectacle, des places sont attribuées aux associations. L’irruption du théâtre en milieu scolaire est également une voie d’accès importante. Au sein de la programmation, nous choisissons des compagnies qui acceptent d’aller à la rencontre des scolaires en amont de leur spectacle. Il m’est arrivé à Bazancourt de monter carrément des résidences en milieu scolaire pour associer les enfants à la création.

L.T.O. : Le format « Cabaret » déjà institué à l’espace Gérard Philipe, avec public et artistes sur scène et sans cette rupture imposée par le 4ème mur, semble moins intimidant pour un public moins habitué. Souhaitez-vous faire durer cette formule ?

E.S. : La première étape du travail consiste à ce que tout le monde ose passer la porte du théâtre. Ensuite, effectivement ce format est très intéressant, et j’aimerais le développer à l’avenir.

L.T.O. : Pour rentrer dans la salle, le passage obligé est la Grange. Actuellement on y voit une belle sélection des photos de Philippe Rappeneau et Pierre Coletti. Avez-vous des envies pour redynamiser cette annexe qui a hébergé dans le passé une programmation de petits concerts ?

E.S. : Des envies, oui ! Pour le moment, à part quelques bals folk, une soirée rock de temps en temps et les cafés-lecture, ce lieu est peu valorisé. J’aimerais y voir à nouveau une vraie programmation, pourquoi pas des before de Guitares du Monde, des ateliers parent/enfant en lien avec la programmation de l’Espace, une scène ouverte avec les groupes répétant dans nos studios à côté...mais ce ne sont que des souhaits à ce stade, et le temps des projets culturels est long. Tous ces projets sont autant de défis à relever pour les prochaines années !

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Photos ©Philippe Rappeneau