De la science pour les grands enfants: gaffes garanties !

La Maison de la Science de Sainte-Savine accueille le plus célèbre des gaffeurs pour aiguiser l'appétit des bricoleurs et bricoleuses de génie, prouvant au passage que l'on peut être à la fois expérimentateur opiniâtre, amoureux et poète.

Image d'illustration de l'article

Selon le géologue Julien Curie, repris par Wikipedia, les travertins sont des roches sédimentaires calcaires continentales biogéniques produites en conditions thermales, tandis que les tufs sont les mêmes roches, mais produites dans une eau froide...

Vous êtes déjà perdus ? Rassurez-vous, les tufs et travertins, ce sera l'objet d'une future exposition à la Maison de la Science Hubert Curien de Sainte-Savine. Pour le moment, l'exposition en cours a un thème beaucoup plus grand public : les inventions de Gaston Lagaffe. Ce lien entre culture et technique constitue l'occasion rêvée pour le Troisième Œil de s'intéresser d'un peu plus près à l'activité de la Maison de la Science. Et, pourquoi pas, de donner envie aux lecteurs de s'intéresser aux tufs et travertins...


Fondée en 2004, en réponse à la volonté de la ville de Sainte-Savine de réinvestir le cabinet d'un médecin après son départ à la retraite, la Maison de la Science est composée d'associations scientifiques locales, d'éducation populaire et de l'UTT. La ville de Sainte-Savine, partenaire de longue date, contribue via un soutien logistique (mise à disposition des locaux), et financier, par une subvention annuelle.

La volonté de l'association est de montrer que la science est accessible à tous, au moyen d'expositions, de conférences et d'ateliers. L'objectif des expositions, nous explique Mado Wauthier, animatrice salariée de l'association, est « que les enfants s'intéressent, que les néophytes comprennent, et que les experts ne s'ennuient pas ». Ainsi, afin de conserver cette philosophie d'ouverture à tous les publics, si les conférences liées aux expositions sont à l'attention d'un public adulte, elles sont complétées par des ateliers pour les enfants, ouverts aux centres de loisirs.

Enfin, la Maison de la Science sert de lieu d'accueil pour les clubs locaux : le club de sciences et le club de robotique, faisant ainsi la jonction entre sciences académiques et sciences expérimentales, entre théorie et bricolage.

Un gaffeur toque à la porte

Et c'est bien entendu à ce moment qu'entre en scène notre anti-héros préféré, objet de l'exposition actuelle. Car si Gaston ne rentrera jamais dans la postérité par un théorème ou une formule, il est quelque part la mascotte de tous ces bricoleurs et inventeurs qui, avec plus ou moins de succès, cherchent à améliorer le quotidien, sans forcément disposer de bases scientifiques. « La sécurité, ce n'est pas des gadgets idiots », rétorque Prunelle, lorsque Gaston lui expose son invention de coussin de sécurité qui sort du volant...sans se douter du nombre de vies qui seront sauvées par l'airbag quelques décennies plus tard (même si, on peut s'en douter, l'essai de Gaston ne fut pas une réussite) ! Le fameux presqu'airbag, tout comme sept autres inventions, constituent les planches qui occupent l'espace principal de l'exposition, Maison de la Science oblige. Mais, pour une fois, l'exposition dépasse le strict cadre scientifique.

Un bricoleur poète

Ayant dans un premier temps été réalisée dans le cadre du salon du livre pour la jeunesse avec l'association Les Bulles de Troyes, elle consacre également un espace aux amours de Gaston, avec M'oiselle Jeanne bien entendu. Qu'elles consistent en de timides tâtonnements dans la vie réelle ou d'histoires improbables rêvées au cours de siestes (effectuées sur le temps de travail bien entendu), les scènes entre le préposé au courrier et la jeune archiviste incarnent plus encore que les autres planches la poésie loufoque de la série, plus encore de la tendresse touchante de Gaston envers ses animaux ou ses inventions, souvent plus belles et amusantes que réellement utiles (quand elles fonctionnent). Néanmoins, les lecteurs savent bien que les rêveries de Lagaffe sont souvent interrompues par une remontrance de Prunelle, lui intimant de finir le courrier en retard avec son langage fleuri. Ainsi, les planches relatives à la relation platonique entre Gaston et Jeanne cohabitent avec un mur reprenant un florilège des jurons envers notre gaffeur préféré. Il est donc possible aux petits et grands de venir se faire photographier en train d'accabler ce pauvre Gaston à grands coups de « Rogntudjuuu !». On ne soulignera jamais assez à quel point les onomatopées, qu'elles représentent le résultat des expériences de Lagaffe ou l'exaspération qu'elles provoquent dans son entourage, contribuent à la dynamique et à l'humour de la bande-dessinée.

Le 16 Février, journée spéciale !

Les appareils photos pourront également être mis à contribution lors de la journée du samedi 16 février, seule journée payante de l'exposition, avec un événement : la présence d'une réplique de la fameuse Fiat 509 de Gaston (homologuée par les Éditions Dupuis !). Pour maintenir le lien avec l'objectif scientifique, ce même 16 février auront lieu des ateliers autour d'une des nombreuses inventions défaillantes bien que novatrice de notre inventeur en espadrilles : la ballon récupérateur de pollution.

Au final, si quelques pans du personnage (les gaffes proprement dites, mais également les impayables stratagèmes pour se soustraire à ses rébarbatives tâches officielles ou pour éviter de payer le stationnement) sont occultés au vu de la thématique, l'exposition réussit très bien à retransmettre tout ce qui nous fait aimer, voire envier Gaston Lagaffe.

Attachant et indispensable Gaston

Nous l'envions et l'aimons, parce qu'au fond, avec son côté rêveur, naïf, spontané et enthousiaste, Gaston a réussi à garder ce côté enfantin que nous avons quelque part perdu en route, et pour lequel nous avons tous plus ou moins une certaine nostalgie, faisant de lui sans doute un des personnages les plus attachants du 9ème art. On observera que, malgré les échecs provoqués dans la signature des contrats avec M. De Maesmaker, malgré les multiples ravalements de façade ou reconstruction du plafond engendrés par les gaffes et expériences du sieur Lagaffe (comme le dénigre Boulier, comptable aux Éditions Dupuis, et sans doute personne la moins à même de comprendre la poésie du bonhomme), le seul licenciement qu'a connu Gaston aura été de courte durée, et que tous ses collègues, comme nous autres lecteurs, finissent finalement par s'attacher à ce personnage farfelu, mais pétri de candeur et de bienveillance. On observera d'ailleurs que les inventions de Gaston, quand elles n'ont pas pour vocation de plaire et d'amuser, ont souvent objectif de faciliter la vie de ses collègues, du moins en théorie.

Dans cette rédaction où tout le monde stresse et s'agace, Gaston est finalement le seul à prendre les choses avec amusement et décontraction, et cette insouciance est sans doute une des raisons pour lesquels ses proches, dont les lecteurs, l'aiment et l'envient à la fois. Cinquante ans après la création de Gaston Lagaffe, ce sont sans doute les mêmes raisons affectives qui empêchent l'Arthur campé par Alexandre Astier dans Kaamelott de se débarrasser de Merlin, même si la principale trouvaille de ce dernier (la potion pour réduire le temps de dessalage des filets de morue) ne lui est d'aucune utilité dans la quête du Graal ou dans la défense de la Bretagne contre les envahisseurs. On retrouve là la même tendresse et le même lien à l'enfance.

On s'amusera au passage en pensant qu'à notre époque les Google et autres entreprises de la Silicon Valley recrutent des happiness managers grassement rémunérés pour installer des toboggans dans les locaux. Il y a 60 ans, il suffisait de demander un héros sans emploi salarié dans un journal de bandes dessinées de ranger la salle de documentation pour que soit mis en place un labyrinthe fait de livres et de cartons, pour le plus grand amusement de tous ses collègues ! En installant de la bonne humeur autour de lui, les gaffes et inventions de Gaston participaient sans doute à l'équilibre et à la réussite du collectif, à la grande incompréhension d'un Boulier ne voyant que par les simples chiffres, une sorte du politique du tableau Excel avant l'heure. Ce goût de l'inattendu et de la beauté du geste plutôt de l'utilitarisme à court terme, voilà ce qui participe également à la poésie de Gaston Lagaffe. Au détriment certes du tri du courrier, pour lequel il est censé être rémunéré…

Gaston, le lien parfait entre science et enfance

L'exposition s'inscrit ainsi dans la philosophie de la Maison de la Science. Si le sujet fait d'office le lien avec notre enfance de lecteur, elle nous rappelle également que, tout tout jeunes, en arpentant le petit monde qui nous entourait et en essayant d'imaginer des utilités impensables aux objets qui passaient à notre portée, nous étions quelques part, malgré l'absence de fondement académique dont nous faisions preuve à l'époque, des scientifiques en puissance, qu'un personnage de bande dessinée a réussi à rester, malgré les échecs.

Ah oui, et n'oubliez pas, si vous aimez la géologie, le prochain cycle sera consacré aux tufs et aux travertins, une occasion de découvrir des milieux parmi les plus remarquables de l'ex-Champagne Ardenne.

Informations

Exposition « Gaffes sur la Maison de la Science »

Date
Du mercredi au samedi de 14H00 à 18H00 pendant les vacances scolaires / Mercredi et samedi de 14H00 à 18H00 en dehors des vacances scolaires
Lieu
Maison de la Science Hubert Curien / 2ter, rue Lamoricière, Sainte-Savine / 03.25.71.03.52 / secretariat@maisondelascience.fr
Entrée gratuite, sauf pour la journée spéciale le 16 février 2019, avec ateliers et présence de la voiture de Gaston Lagaffe : 6 € (4 € pour les Amis de la Maison de la Science)