Du Wock'n'woll avec un grand W !

Fait (trop) rare à Troyes, un concert punk s'est tenu dans les murs du Fer à Gus, que les lecteurs du Troisième Oeil connaissent désormais bien ! Le Troisième Oeil y était, et a débouché ses oreilles...

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« Les artistes sont principalement locaux, parce qu'à mon sens, mettre en valeur la scène locale, c'est à ça que nous servons, dans les bars (…) Néanmoins, cela fait également plaisir d'accueillir des groupes d'ailleurs, il est important que les Troyens ne voient pas que des Troyens. » nous affirmait Julien, patron du Fer à Gus, lors de notre entretien de novembre dernier. La meilleure des preuves nous en a été apportée ce vendredi 25 janvier, avec un plateau punk-rock où cohabitaient Diego Pallavas, référence nationale, et deux groupes locaux, les vétérans de Police on TV, et les petits nouveaux de Ceci Dit.

Moi j'ai vingt ans et toutes mes dents,

et aujourd'hui encore je vois

que tant de groupes s'abreuvent

à mon inspiration d'antant.

On me pardonnera

si j'y vois une preuve...

En 1997...

...les Nantais de Zabriskie Point évoquaient les vingts ans du punk, en célébrant notamment ses influences indélébiles dans l'histoire du rock et de la contre-culture.

En 1997, les mêmes Zabriskie Point mettaient néanmoins en même temps un grand coup dans la fourmilière du milieu rock alternatif français, en ironisant sur son entre-soi, en revalorisant le côté mélodique des pionniers anglo-saxons, et surtout en remettant l'auto-dérision des débuts au goût du jour. Par là même, avec d'autres comme Toxic Waste ou PKRK, ils influencèrent cette génération qui souffla un vent de fraîcheur sur le punk francophone des années 2000, Guerilla Poubelle, Justin(e) ou autres Diego Pallavas justement, mais nous y reviendrons.

En 1997, les membres de Ceci Dit n'étaient pas nés, où alors ils étaient encore tout jeunes. Ils semblent cependant avoir été bercés par cette scène des années 2000... Cela part vite, très vite. Les guitares et le chant sont saturés, très saturés. Mais les chansons sont bonnes, très bonnes. Les décibels, mais également l'énergie et la légèreté originelles du punk sont là, même si nous ne sommes parfois pas très loin du hardcore mélodique californien des années 80-90. On pense quand-même très souvent à Guerilla Poubelle, voire à Dolores Riposte sur les morceaux les plus « tranquilles » (du relativisme dans un article sur un concert punk). Le changement de génération se note cependant sur les reprises : Oï generation, de Poésie Zéro, un monument d'auto-dérision typique du punk du XXIème siècle, et, tentative de destruction définitive de l'entre-soi du rock alternatif, un morceau de hip-hop, Freestyle du sale, de Lorenzo. Que les puristes soient rassurés, le set s'est terminé sur une chanson beaucoup plus recommandable auprès du public rock traditionaliste : Territorial Pissing, un des titres les plus punk du répertoire de Nirvana, interprété avec le chanteur de Police on TV.


Police on TV, figure de la scène locale, jouent quant à eux un autre type de punk. Plus influencé par le heavy-metal, moins aérien que celui de leurs petits frères, mais tout aussi efficace. Les « ohohohoh » repris en chœur sont un peu au punk-rock ce que la tomate et la mozzarella sont à la pizza : quand ils sont présents, bien répartis et bien dosés, il n'est pas toujours nécessaire de surcharger avec d'autres ingrédients. Et puis, au fur et à mesure des années et des concerts dans la place, les Police on TV se sont créés un public local, prêt à reprendre leurs refrains par ailleurs relativement addictifs. Existerait-il, dans chaque ville, un groupe punk qui se produit régulièrement devant un groupe de fidèles mi-fans, mi-copains ? C'est sans doute ça aussi le punk, cette frontière qui s'efface et cette complicité qui se crée entre artiste et public.

Le groupe sortira également son quota de reprises. Si Time bomb, de Rancid et son ska californien nous fait pendant un temps skanker et oublier la pluie de l'hiver champenois, Mes frères des Sales Majestés et Jouer avec le feu, des Sheriff nous rappellent la dichotomie historique entre militantisme et humour potache des textes du punk francophone. À plus de 40 ans, le punk a son lot de classiques, transmis de concerts en concert, de bouche de punk à oreille de punk, dirait un Panoramix à crête. Et qui sait, peut-être qu'un jour, des morceaux de Ceci Dit en feront partie...

De reprises, les Vosgiens de Diego Pallavas n'en ont pas eu besoin. Premièrement, parce que, au bout de quatre albums, certains de leurs titres semblent déjà entrés dans ce folklore urbain qu'est le répertoire punk français : Elle et lui ou À ma bouteille amarré font déjà figure d'hymnes, repris par une grande partie du public du Fer à Gus, celle venue pour voir du punk. Et deuxièmement, parce que l'autre partie du public, des habitués du bar ou autres fêtards de passage, n'a pas résisté longtemps à la qualité des mélodies du groupe. En négligeant malheureusement leur excellent troisième album Expédition punitive (à l'exception de Columba et de son imparable refrain), les Diego Pallavas parcoururent le reste de leur discographie, depuis les titres très punk du premier album (14 ans déjà !) jusqu'aux titres plus fins de leur dernier opus En cavale, ou de leurs très bons splits avec Justin(e) ou The Attendents, notamment les très écrits Austérité ou Saint-Nazaire. Jouant, comme Zabriskie Point à l'époque, sur cette ambiguïté (groupe de punk mélodique, ou groupe de pop jouant très vite ?), Diego Pallavas ont su très vite fédérer et mettre en mouvement tout le bar.

Fraternisons autour d'un pogo

Lors de notre rencontre de novembre dernier, Julien avait estimé qu'il fallait que « les gens et les publics se mélangent ». Et à ce titre, on peut dire que ses vœux ont été exaucés. Oui, c'était une soirée punk. Oui, le pogo était glissant. Oui, il est possible qu'il y eut un gobelet de bière ou deux, pas tous vides, qui auraient traversé l'espace aérien au-dessus du public. Oui, on a eu le droit à ces moments où tout le monde s'approprie les micros des groupes. Bref, on a bien rigolé comme à un concert de punk. Mais au-delà de ça, il y avait autre chose. Dans le pogo glissaient ensemble le sexagénaire à crête, l'étudiant et le pilier de bar. Et le gobelet de bière, ils le buvaient ensemble. Cela tient à l'esprit du lieu, indéniablement, mais également à ces groupes, Diego Pallavas aujourd'hui, peut-être Ceci Dit demain, qui ramènent le punk à la fraîcheur et à la liberté des débuts. À l'époque de cette révolution culturelle, qui plaça le Do It Yourself comme choix revendiqué et non comme roue de secours, qui créera des fanzines, des réseaux de salles, de labels et de cafés concerts, (et dont s'inspirent encore les quelques enthousiastes qui tiennent des sites d'informations sur les sorties locales !) Ces circuits courts de la culture, en quelque sorte.