Le Festival Télérama, un condensé de ciné

Comme chaque année, Janvier sourit au ciné avec l’occurrence du festival Télérama.

Le principe : une ressortie dans les salles partenaires des films préférés de la rédaction du magazine culturel. Cela tombe bien, notre CGR local est de la partie…

Ainsi, du 16 au 22 janvier, une petite dizaine de films, certains inédits à Troyes, seront projetés et cet article a pour vocation de vous les présenter succinctement. Saluons tout de suite l’éclectisme de cette sélection, qui propose à la fois des films américains, européens et asiatiques, en allant du thriller au mélodrame en passant par le western ou le film social. Il y en a donc pour tous les goûts, de quoi ouvrir une belle porte sur des films estampillés « art et essai ».

Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson :

Voici donc un premier film qui nous était passé sous le nez en février dernier. Phantom Thread nous parle de l’univers de la mode et plus particulièrement de Reynolds Woodcock (joué par le charismatique Daniel Day-Lewis), couturier célèbre du Londres d’après-guerre, de sa relation avec la jeune Alma, tourbillon de jouvence qui parviendra à dépasser le statut de simple muse aux yeux du créateur… Ce qu’aucune autre femme n’avait réussi jusqu’ici. Au-delà du sujet, c’est le regard de Paul Thomas Anderson qui rend ce film particulier. Auteur remarqué de There will be blood, de Magnolia ou de Inherent vice, il s’agit là de l’un des descendants des grands maîtres Hollywoodiens, capable d’allier une narration efficace à une mise en scène élégante.

L’Ile aux chiens, de Wes Anderson :

C’est le grand retour de Wes Anderson, réalisateur déluré (La vie Aquatique, Moonrise Kingdom, Grand Budapest Hotel), au stop motion, procédé d’animation basé sur des modèles réduits qu’il avait déjà utilisé dans son Fantastic Mr Fox. Cela fonctionne tout aussi bien avec cette histoire de toutous complètement folle, séduisante, intelligente, drôle et poétique à la fois. Là encore, il oppose des animaux très humains à des hommes qui le sont beaucoup moins pour élaborer une parabole autour de la xénophobie. L’écriture du film, habile, permet plusieurs niveaux de lecture à même de rendre le film agréable aux petits comme aux plus grands. Idéal pour passer un bon moment.

Une affaire de famille, de Kore-Eda Hirokazu :

Il s’agit là d’une vraie pépite de cinéma. Le réalisateur japonais, rompu aux histoires familiales (Still Walking, Notre petite-sœur, Nobody knows…) n’a actuellement pas son pareil pour filmer l’intimité d’une vie de maison. Auréolé d’une palme d’or méritée, le film suit donc le quotidien d’une famille recomposée vivant ensemble au sein d’une toute petite cahutte perdue dans les tréfonds du Japon urbain. Le jeu des acteurs est ahurissant de naturel, la réalisation est d’une subtilité enivrante et le dénouement réserve son lot d’émotions et de questionnements. Il serait donc fort regrettable de passer à côté d’une telle réussite, surtout qu’il est d’ores et déjà programmé au cinéma….

Une Pluie sans fin, de Dong Yue :

Autre film asiatique, chinois celui-ci, Une Pluie sans fin est un pur thriller avec, en toile de fond, une Chine en pleine expansion. Au-delà de l’enquête policière, le film se veut une comparaison sociologique et géographique des deux époques que couvre l’histoire (1997 et 2008), phénomène que l’on retrouve dans bon nombre de films chinois de ces dernières années. Globalement, le film réussit son pari de nous entraîner dans cette ambiance d’abord paranoïaque (l’enquête), ensuite mélancolique (dix ans plus tard…) même s’il porte les stigmates d’un cinéma asiatique parfois avare en narration contextuelle. Agréable, mais un peu déstabilisant si l’on n’a pas l’habitude…

Les Frères Sisters, de Jacques Audiard :

C’est la première aventure américaine de Jacques Audiard (Un Prophète, De Rouille et d’os, De battre mon cœur s’est arrêté…) et c’est aussi son premier western. Ce voyage initiatique de deux frères (Joaquin Phoenix et John C. Reilly, à l’origine du projet), les confrontera à la relation fraternelle, évidemment, mais aussi à la notion d’existence au sens le plus large. Pas tellement d’action pure donc, dans ce film salué par la critique pour sa finesse d’écriture mais que j’ai trouvé un peu ennuyeux car redondant dans son traitement (questionnements trop didactiques, situations comiques un peu forcées…). Le mieux est encore de se faire son idée soi-même, bien entendu.

Leto, de Kirill Serebrennikov :

Le cinéma russe n’arrive pas toutes les semaines dans nos salles troyennes. Et pourtant, il fait sans doute partie de ceux qui ont le plus à offrir. Leto est une plongée dans la scène rock underground de Leningrad des années 80. Plus précisément, il suit les traces de Viktor Tsoi, leader du groupe Kino, mort prématurément en 1990 dans un accident. Le sujet est méconnu et le film a été littéralement acclamé par la presse et les spectateurs. Cela devrait suffire à susciter une certaine curiosité chez le spectateur en puissance que nous sommes.

Plaire, Aimer et courir vite, de Christophe Honoré :

Un film clivant par excellence. Issu du cinéma français le plus maniéré qui soit, Christophe Honoré (La Belle personne, Non ma fille tu n’iras pas danser, Les Chansons d’amour…) nous narre cette fois-ci une vraie histoire d’amour entre deux hommes (l’étudiant Arthur et l’écrivain Jacques), ses moments d’extases comme ses hésitations. La problématique est donc simple : si vous appréciez le cinéma d’Honoré dans ce qu’il a de meilleur, si vous goûtez sa narration très littéraire et ses extravagances de mise en scène, ce film est fait pour vous car il en est la quintessence. Sinon, inutile de vous déplacer car cela ne suscitera chez vous que l’agacement et/ou l’ennui. Enfin, si vous ne connaissez pas ce réalisateur, je vous invite vivement à aller vous faire une idée tant il incarne à la perfection un courant bien particulier du cinéma français.

Pour conclure, j’évoque deux autres films français (franco-belge pour le second) que je connais bien mal : Amanda (de Mickael Hers) et Nos Batailles (de Guillaume Senez). Le premier raconte comment un jeune homme à la vie dissolue va se retrouver à devoir s’occuper d’Amanda, sa nièce de sept ans. Le second met en scène le quotidien d’Olivier, chamboulé par le départ impromptu de sa femme, lui laissant la charge de leurs deux enfants. Deux films aux thématiques assez proches finalement, tous deux salués par la critique hexagonale.

Informations

Festival Télérama

Date
du 16 au 22 janvier 2019
Lieu
Cinéma CGR
Tarifs : 3,50 € pour les possesseurs du Pass Télérama / tarifs habituels sinon. Le Pass peut s’obtenir gratuitement en s’inscrivant sur Télérama.fr