David contre Goliath

Deux films diamétralement opposés selon à peu près tous les aspects du monde cinématographique.

Image d'illustration de l'article

D’un côté, le minuscule « Nous, les Coyotes », film indépendant franco-américain se déroulant dans les rues de Los Angeles. De l’autre, « Mortal Engines », superproduction offrant un univers steampunk et des images de synthèse dernier cri. Le nombre de dollars fera-t-il la différence ?

Du flou...

« Nous, les Coyotes », c’est le projet un peu fou de deux gamins du cinéma (Hanna Ladoul et Marco La Via) de raconter leur propre histoire, celle de leur arrivée à Los Angeles, avec des idées plein la tête et pas un sou en poche. Un horizon opaque que les réalisateurs parviennent bien à retranscrire en usant avec malice des gros plans et des courtes focales, qui rendent vite flous les arrière-plans. Le spectateur est donc au contact direct des personnages, de leurs émotions, de leurs expressions évoluant au gré des péripéties rencontrées.

Un parti-pris intéressant mais qui induit le sacrifice malheureux de la ville de Los Angeles, théâtre de l’action et cœur vibrant du projet, annoncée comme un personnage à part entière de l’intrigue. Son identité est réduite à quelques clins d’œil convenus, étant donné que l’immense majorité des décors demeureront tout à fait anonymes et voués à retranscrire une ambiance propre à la cité des anges. Dans une certaine mesure, le film peine un peu à nous dresser le spectre social de la ville en enchaînant quelques exemples de lieux (un café, une fourrière, un bureau de production…) de manière trop scriptée et calquée sur des rebondissements presque ubuesques qui auraient mérité d’être un peu dilués dans le temps (chose que le budget restreint n’a pu permettre).

Toutefois, passé ce petit cri de rage contre l’injustice sociale, le film retrouve une certaine profondeur dans sa dernière partie, au moment précis où ses héros commencent à lâcher prise. Alors, le film offre de très belles scènes, où l’on perçoit finement les vertiges dont on peut être pris quand on se retrouve englouti par l’immensité urbaine et que la nuit nous prive de nos repères et sape notre lucidité. Cela suffit à faire de ce film une belle promesse quant à l’avenir de ses deux réalisateurs. A noter que la bande son n’est pas loin d’être formidable et contribue à faire de certaines séquences de réels moments d’ivresse.

...Et de la haute définition

La Terre a été détruite par l’Homme, cette espèce ingrate qui n’apprend pas de ses erreurs et qui, occupée à se faire la guerre, ne réalise que trop tardivement les dégâts collatéraux infligés à la nature. Pour remédier à cette situation devenue classique dans l’art contemporain (cinématographique, pictural et littéraire), Philip Reeve, auteur du livre sorti en 2001, propose un univers Steampunk (comprenez rétro-fantastique) dans lequel les humains se seraient affranchis de cette technologie sophistiquée et destructrice pour revenir à la bonne vieille mécanique avec laquelle ils construisent des villes mouvantes et, pour les plus imposantes d’entre elles, potentiellement cannibales.

L’idée de base est intéressante car elle augure de scènes épiques au-delà de l’habituelle critique du consumérisme (les grosses villes absorbent les plus modestes pour s’emparer de leurs ressources…). Très malheureusement, elle ne supporte pas l’indigence extrême d’un scénario qui, en plus d’être destiné aux adolescents, semble avoir été rédigé par l’un d’entre eux. Les personnages sont obligatoirement pourvus d’une idéologie monolithique les conduisant à plus ou moins court terme à se muer en caricatures d’eux-mêmes. Les péripéties s’enfilent les unes après les autres à grande vitesse selon un canevas illogique, trop souvent brodé par l’aléatoire et les coïncidences. Et cette écriture au gros feutre qui accumule les poncifs ne laisse malgré tout que peu de place à la surprise.

Cela suffit, bien entendu, à priver le spectateur d’envie. Ainsi, il se désintéresse progressivement d’un film qui aurait dû miser sur son univers aguicheur pour proposer une grande fresque d’aventure. La réalisation n’est pas suffisamment bonne pour procurer des émotions et mise sur d’innombrables images de synthèse qui condamnent ces « Mortal Engines » à l’obsolescence programmée. Quant à la bande son, elle ne mérite même pas d’être mentionnée tant il n’y a rien à en dire.

Avec aussi peu de talent au sein de sa production, le film ne vaut sans doute le détour que pour son impressionnante scène d’introduction et son exploitation visuelle de quelques idées du livre (les villes mouvantes et volantes, Londres est plutôt réussie), malheureusement vouées à rester de simples (mais magnifiques) décors à une action insipide. Espérons simplement que le film soit suffisamment boudé par le public pour qu’il n’y ait pas d’autres opus et que l’argent investi (100 millions de dollars pour ce premier volet) serve à autre chose…