Alexandre Jardin : Racontez-moi des choses extraordinaires !

L’écrivain Alexandre Jardin sera à Troyes ce jeudi 21 décembre à l'occasion de la sortie de son roman "Ma mère avait raison" (Grasset, oct. 2017).

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Dans le cadre des "4e de Couverture" organisées par la Maison du Boulanger, l'auteur s'exprimera aux côtés de Jean-Luc Rio des Passeurs de Textes sur le thème suivant : "Peut-on être absolument soi sans aucun frein?". Retour sur un entretien exclusif, enthousiaste et enthousiasmant avec Alexandre Jardin, inventeur et passeur.

Avant même de démarrer l'interview, le ton est déjà donné : curieux et spontané, Alexandre Jardin nous questionne sur notre association et nous propose de venir la présenter sur la scène du Théâtre de la Madeleine jeudi soir. Accepté !

Le Troisième Œil : Après la lecture de vos romans "familiaux", comme "Ma mère avait raison" qui vient de paraître, je me suis demandé si, en venant d'un clan si peu conventionnel, la notion de quotidien, de routine, faisait sens pour vous ?

Alexandre Jardin : Oui, si on l'enchante ! Pour ça, il faut écouter ce que la vie veut vraiment pour nous. Ma chère maman, toute sa vie, n'a fait qu'être vraie. Quand on est sans filtre, le quotidien devient une aventure, voire une épopée ! Je reçois, depuis la parution du roman, beaucoup de témoignages, via les réseaux sociaux ou par courrier, de gens qui se décident enfin à être vrais. Alors leur vie peut basculer vers le romanesque.

LTO : Donc selon vous, on peut être absolument soi sans aucun frein. Qu'est-ce qui fait que c'est si difficile pour la plupart d'entre nous, en réalité ?

AJ : La première chose, c'est qu'on n'est pas élevés dans cette direction. Dans ma famille, nous nous sommes accordés ce droit à être authentique. Il faut beaucoup de courage pour ne pas vivre avec un masque. Le frein, c'est nous-mêmes ! Le pouvoir que l'on donne aux autres nous empêche d'être nous-mêmes. Un autre frein, c'est la non-confiance en la vie. Si on a confiance, alors la vie se chargera d'inventer des solutions.

LTO : De tous les livres que vous avez consacrés à votre famille, duquel avez-vous eu le plus de mal à accoucher ?

AJ : Celui-là. Parce que ma mère est le personnage le plus fort, le plus dérangeant, le plus courageux. Elle nous a appris qu'on avait le droit d'exister.

LTO : Après vous être questionné sur vos racines, songez-vous à écrire sur vos enfants et ce que vous pouvez leur transmettre en tant que père ?

AJ : (Rires) Ah non, ce sera à eux d'écrire sur moi ! C'est leur part. Plus sérieusement, ce qui compte pour moi c'est de leur transmettre la largeur de la vie, au risque de déranger ou d'être incroyablement jugé.

LTO : Vous êtes romancier, mais aussi cinéaste, citoyen... Quelle est la facette de vous-même qui vous porte le plus ?

AJ : L'invention. Inventer un film, un roman, une association, un mouvement citoyen... J'aime être inventeur, et que les autres se donnent ce droit-là. Inventer sa vie professionnelle, son couple ou sa façon d'être parent. Pour être inventeur, je travaille tout le temps : c'est une façon d'être, de vivre.

LTO : Quel sentiment vous anime à l'idée de rencontrer vos lecteurs ?

AJ : J'ai envie de les écouter. J'ai envie qu'ils me racontent des choses extraordinaires. Dès que les gens sont réels, ils deviennent romanesques. Leur rôle social est souvent ennuyeux, mais jamais la réalité. Je souhaite que chacun écoute sa part la plus vivante, la plus inattendue, pleine de poésie, et, surtout, s'autorise à la vivre.

Informations

4eme de couverture avec Alexandre Jardin

Peut-on être absolument soi sans aucun frein ?

Date
21/12/2017 à 20h30
Lieu
Théâtre de la Madeleine
6/3€